Le président du Zimbabwe lance un défi aux Eglises
en évoquant la confiscation des fermes possédées par des blancs
ENI-98-0326\F
Harare, le 8 décembre (ENI\Edmund Doogue) -
Robert Mugabe, le
président du Zimbabwe et un héros de la lutte de libération en Afrique
australe, a invité les Eglises, le 8 décembre, à décider si elles se
tenaient du côté des "opprimés" ou des "oppresseurs" dans le projet de son
gouvernement visant à acquérir 841 fermes, dont la plupart sont
possédées par des blancs.
Le gouvernement de Harare, qui n'a pas encore annoncé quelle sera la compensation
accordée aux propriétaires, fait actuellement l'objet de pressions internationales,
notamment de la part du gouvernement britannique et du Fonds monétaire international,
afin qu'il compense raisonnablement ceux qui seront touchés par cette mesure.
Le président Mugabe qui, lors d'une visite effectuée à Londres au
début du mois, a assuré le gouvernement britannique que le projet de réforme
agraire serait entrepris conformément à la loi, a déclaré aujourd'hui aux
900 délégués du Conseil oecuménique des Eglises (COE), à
Harare, que les journaux britanniques l'avaient accusé "de vol, de brutalité et de
racisme" à ce propos.
Mais, a-t-il lancé, "qui devrait réellement accuser qui? Et avec qui l'Eglise
s'identifie-t-elle?"
Il a exhorté tous les délégués, en particulier ceux des Eglises de
l'Ouest, à visiter les zones rurales de son pays "pour voir comment le legs colonial divise
notre troupeau".
Robert Mugabe, un catholique romain, a déclaré que 4 000 blancs
possédaient la moitié des terres arables du Zimbabwe, alors que l'autre moitié
était partagée par 11 millions de gens.
En de nombreux cas, a-t-il fait observer, "un homme blanc peut posséder cinq ou six
fermes, environ 4 000 hectares". La plupart de ces propriétaires sont absents - des
Britanniques ou des Sud-Africains blancs, qui ont reçu la terre sous le régime
colonial. D'autre part, a-t-il poursuivi, de nombreux Zimbabwéens possèdent
seulement cinq hectares de terres.
Dans son allocution de 45 minutes, le président Mugabe a présenté une
analyse pointue de l'histoire des Eglises dans son pays et parlé de certains
problèmes auxquels la nation doit faire face. Il a rejeté les difficultés de son
pays sur le colonialisme et n'a pas mentionné les critiques qui déplorent que le
Zimbabwe est de facto un Etat gouverné par un seul parti sans une opposition efficace. Il
n'a pas évoqué l'agitation croissante dans le pays provoquée par la hausse
des prix et l'interdiction récente des grèves des travailleurs qui n'ont plus les
moyens de faire vivre leur famille.
Dans son analyse du rôle "ambigu" des Eglises dans son pays et en Afrique australe,
le président a précisé que les Eglises avaient aidé à la naissance
du colonialisme, "succombant ou livrant volontairement Dieu au racisme des structures
coloniales".
Le président a parlé des ecclésiastiques qui avaient soutenu
énergiquement le colonialisme et prédit que le gouvernement de la majorité
signifierait la fin de la civilisation dans ce pays. Mais il a aussi cité ceux - des catholiques
romains et des protestants - qui ont déclaré que le racisme et l'élitisme
n'étaient pas de valeurs chrétiennes.
Il a rendu hommage au Programme de lutte contre le racisme du COE, "qui a fourni ...
assistance humanitaire aux différentes organisations nationales et internationales de
défense des droits civils, y compris à nos deux mouvements de libération, le
ZANU et le ZAPU. Ceci fut un geste très courageux par lequel le COE a montré sa
préférence pour les défavorisés et les pauvres, en soutenant notre lutte
contre le racisme colonial. Il s'est éloigné du consentement traditionnel, voire de la
complicité, qui ont caractérisé les relations entre l'Etat colonial et l'Eglise dans
presque toutes les colonies. Non seulement cette décision a ouvert un nouveau chemin
pour les Eglises du monde entier, mais elle a secoué l'Eglise locale en soulignant les
limites spirituelles d'une Eglise de Rhodésie collaboratrice qui avait, en effet, vendu son
âme au César colonial."
Dans sa réponse au président Mugabe, l'un des sept présidents du COE,
l'évêque Vinton Anderson, de l'Eglise méthodiste épiscopale africaine
(Etats-Unis) a dit: "Je prie pour que ces nations qui ont profité de cette terre partagent et
retournent les ressources à tous les Zimbabwéens." (728 mots)
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