La théologienne féministe coréenne Chung Hyun Kyung dit n'avoir "aucun regret"
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Rapports
spéciaux de la
Huitième
Assemblée
du COE

Rapports spéciaux
de la Huitième Assemblée
du Conseil oecuménique des Eglises


3 - 14 décembre 1998, Harare, Zimbabwe

La théologienne féministe coréenne Chung Hyun Kyung dit n'avoir "aucun regret"
ENI-98-0329\F

Harare, le 10 décembre (ENI\Stephen Brown) - Pour certaines Eglises membres du Conseil oecuménique des Eglises (COE), la seule présence de Chung Hyun Kyung à l'Assemblée du COE, qui se déroule à Harare, au Zimbabwe, est choquante.

La théologienne féministe coréenne assiste à la Huitième Assemblée en qualité de visiteur. Aujourd'hui âgée de 42 ans, elle enseigne aux Etats-Unis. Juste avant l'Assemblée, elle a participé au Festival marquant la fin de la Décennie oecuménique "Les Eglises solidaires des femmes", où elle a conduit un acte de guérison s'inspirant des traditions chamaniques coréennes lors d'un débat sur la violence à l'encontre des femmes.

Professeur Chung avait quelque peu focalisé l'attention lors de la dernière Assemblée du COE, à Canberra en 1991. En effet, sa présentation, qui évoquait, dans le style traditionnel coréen, les esprits de victimes martyrisées et assassinées, en les associant à l'Esprit Saint, avait provoqué des réactions contrastées. Bien accueillie par certains, cette présentation avait choqué plusieurs autres, notamment les représentants orthodoxes, qui avaient accusée la théologienne de paganisme et de syncrétisme.

Depuis lors, sa présentation de Canberra est restée un élément marquant pour tous ceux, au COE, qui pensent que l'organisation est monopolisée par des chrétiens libéraux.

"Je n'ai pas de regrets, je ne regrette rien", a-t-elle dit au journaliste d'ENI à Harare. "Naturellement, [à Canberra] j'étais jeune et innocente, et c'était ma toute première allocution sur une scène internationale. Mais j'ai appris beaucoup sur la vision de l'Eglise, comment nous pouvons nous servir des problèmes pour dissimuler notre intérêt politique, et quels peuvent être nos malentendus théologiques."

"L'Eglise orthodoxe m'a accusée de syncrétisme, mais en y regardant bien, les orthodoxes, ainsi que les théologiens allemands qui m'ont critiquée, sont, je le pense, aussi syncrétistes que moi. Je l'ai dit clairement, j'ai dit 'Oui, je suis syncrétiste, je sais d'où je viens'. Je pense que tout christianisme sérieux, qui est incarné dans l'histoire d'un peuple, est obligatoirement syncrétiste... Le christianisme doit être contextuel, sinon il devient une pièce de musée. Qui veut voir une pièce de musée? Si nous voulons qu'il soit une expression vivante, alors il doit être placé dans un contexte réel."

Lors de cette interview, la théologienne coréenne a montré qu'elle n'avait pas modéré ses vues, malgré les violentes critiques dont elle avait fait l'objet en 1991 et après. Selon elle, si l'Eglise doit s'attaquer à "5 000 ans de structure patriarcale", elle doit introduire des changements culturels fondamentaux".

Chung Hyun Kyung, qui enseigne l'oecuménisme dans une des institutions d'enseignement religieux les plus prestigieuses des Etats-Unis - Union Theological Seminary à New York - estime que la Décennie oecuménique "Les Eglises solidaires des femmes", lancée par le COE en 1988, a donné aux femmes une "plate-forme publique" qui leur a permis de s'exprimer sur des problèmes comme la violence à l'encontre des femmes, la justice oecuménique et la participation des femmes dans la société.

Mme Chung a été l'un des principales oratrices en 1993 lors de la Conférence Re-Imagining organisée aux Etats-Unis dans le cadre de la Décennie oecuménique.

Même si la Décennie oecuménique visait à promouvoir la solidarité des Eglises avec les femmes, il faut bien constater que "les femmes sont solidaires des Eglises, mais que l'Eglise n'est pas solidaire des femmes", a-t-elle dit. Ce n'est guère surprenant car, a-t-elle fait observer, "nous ne pouvons en dix ans mettre fin à 5 000 ans de structure patriarcale".

"Quand je me penche sur l'histoire de l'humanité, je vois que la liberté ne sera jamais donnée librement. Il en est de même pour les droits des femmes." Mais, a-t-elle souligné, quitter l'Eglise n'est pas une option pour les femmes. "Si vous quittez l'Eglise, croyez-vous que la société ne soit pas patriarcale? Il n'y a aucune issue. L'Eglise est aussi notre maison, et c'est pourquoi nous avons tous les droits de la transformer."

"Je m'efforce de changer l'Eglise, parce que nous ne voulons pas que l'Eglise s'achemine vers un fondamentalisme patriarcal de droite, nous voulons rester et transformer l'Eglise, car l'Eglise a l'immense pouvoir de transformer les gens." (747 mots)




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