La théologienne féministe coréenne Chung
Hyun Kyung dit n'avoir "aucun regret"
ENI-98-0329\F
Harare, le 10 décembre (ENI\Stephen Brown) -
Pour certaines Eglises
membres du Conseil oecuménique des Eglises (COE), la seule présence de Chung
Hyun Kyung à l'Assemblée du COE, qui se déroule à Harare, au
Zimbabwe, est choquante.
La théologienne féministe coréenne assiste à la Huitième
Assemblée en qualité de visiteur. Aujourd'hui âgée de 42 ans, elle
enseigne aux Etats-Unis. Juste avant l'Assemblée, elle a participé au Festival
marquant la fin de la Décennie oecuménique "Les Eglises solidaires des femmes",
où elle a conduit un acte de guérison s'inspirant des traditions chamaniques
coréennes lors d'un débat sur la violence à l'encontre des femmes.
Professeur Chung avait quelque peu focalisé l'attention lors de la dernière
Assemblée du COE, à Canberra en 1991. En effet, sa présentation, qui
évoquait, dans le style traditionnel coréen, les esprits de victimes martyrisées
et assassinées, en les associant à l'Esprit Saint, avait provoqué des
réactions contrastées. Bien accueillie par certains, cette présentation avait
choqué plusieurs autres, notamment les représentants orthodoxes, qui avaient
accusée la théologienne de paganisme et de syncrétisme.
Depuis lors, sa présentation de Canberra est restée un élément
marquant pour tous ceux, au COE, qui pensent que l'organisation est monopolisée par
des chrétiens libéraux.
"Je n'ai pas de regrets, je ne regrette rien", a-t-elle dit au journaliste d'ENI à Harare.
"Naturellement, [à Canberra] j'étais jeune et innocente, et c'était ma toute
première allocution sur une scène internationale. Mais j'ai appris beaucoup sur la
vision de l'Eglise, comment nous pouvons nous servir des problèmes pour dissimuler
notre intérêt politique, et quels peuvent être nos malentendus
théologiques."
"L'Eglise orthodoxe m'a accusée de syncrétisme, mais en y regardant bien, les
orthodoxes, ainsi que les théologiens allemands qui m'ont critiquée, sont, je le
pense, aussi syncrétistes que moi. Je l'ai dit clairement, j'ai dit 'Oui, je suis
syncrétiste, je sais d'où je viens'. Je pense que tout christianisme sérieux, qui
est incarné dans l'histoire d'un peuple, est obligatoirement syncrétiste... Le
christianisme doit être contextuel, sinon il devient une pièce de musée. Qui
veut voir une pièce de musée? Si nous voulons qu'il soit une expression vivante,
alors il doit être placé dans un contexte réel."
Lors de cette interview, la théologienne coréenne a montré qu'elle n'avait
pas modéré ses vues, malgré les violentes critiques dont elle avait fait l'objet
en 1991 et après. Selon elle, si l'Eglise doit s'attaquer à "5 000 ans de structure
patriarcale", elle doit introduire des changements culturels fondamentaux".
Chung Hyun Kyung, qui enseigne l'oecuménisme dans une des institutions
d'enseignement religieux les plus prestigieuses des Etats-Unis - Union Theological Seminary
à New York - estime que la Décennie oecuménique "Les Eglises solidaires
des femmes", lancée par le COE en 1988, a donné aux femmes une "plate-forme
publique" qui leur a permis de s'exprimer sur des problèmes comme la violence à
l'encontre des femmes, la justice oecuménique et la participation des femmes dans la
société.
Mme Chung a été l'un des principales oratrices en 1993 lors de la
Conférence Re-Imagining organisée aux Etats-Unis dans le cadre de la
Décennie oecuménique.
Même si la Décennie oecuménique visait à promouvoir la
solidarité des Eglises avec les femmes, il faut bien constater que "les femmes sont
solidaires des Eglises, mais que l'Eglise n'est pas solidaire des femmes", a-t-elle dit. Ce n'est
guère surprenant car, a-t-elle fait observer, "nous ne pouvons en dix ans mettre fin
à 5 000 ans de structure patriarcale".
"Quand je me penche sur l'histoire de l'humanité, je vois que la liberté ne sera
jamais donnée librement. Il en est de même pour les droits des femmes." Mais, a-t-elle souligné, quitter l'Eglise n'est pas une option pour les femmes. "Si vous quittez
l'Eglise, croyez-vous que la société ne soit pas patriarcale? Il n'y a aucune issue.
L'Eglise est aussi notre maison, et c'est pourquoi nous avons tous les droits de la transformer."
"Je m'efforce de changer l'Eglise, parce que nous ne voulons pas que l'Eglise s'achemine
vers un fondamentalisme patriarcal de droite, nous voulons rester et transformer l'Eglise, car
l'Eglise a l'immense pouvoir de transformer les gens." (747 mots)
Les photographies
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