Un dirigeant syndicaliste zimbabwéen appelle le COE
à condamner l'interdiction des grèves décrétée par le
président
ENI-98-0332\F
Harare, le 11 décembre (ENI\Stephen Brown) -
Le leader du Congrès
des syndicats zimbabwéens (ZCTU), Morgan Tsvangirai, a appelé le Conseil
oecuménique des Eglises (COE), dont la Huitième Assemblée se tient dans la
capitale, Harare, à condamner l'interdiction des grèves dans le pays.
En effet, à la fin du mois dernier, le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a
décrété une interdiction des grèves pour six mois, condamnant
"l'incitation, la participation, et tout mouvement de revendication visant à exercer des
pressions sur le gouvernement pour qu'il change la loi". Le gouvernement a par ailleurs
annoncé qu'il allait, l'an prochain, interdire les grèves de façon permanente.
Morgan Tsvangirai, secrétaire général du ZCTU, a déclaré au
correspondant d'ENI le 10 décembre qu'il espérait que le COE "prononcerait une
déclaration vigoureuse pour faire comprendre au gouvernement que ceci est
inacceptable".
L'interdiction des grèves a été décidée après une
série d'actions prises par les syndicats et autres organisations face à la
détérioration de la situation économique. Confrontés à l'inflation
galopante et aux hausses de prix massives, de nombreux Zimbabwéens ont de la peine
à survivre. Les dernières grèves des 11 et 18 novembre ont pratiquement
paralysé le pays.
Toutefois, au journaliste qui demandait lors d'une conférence de presse si
l'Assemblée allait blâmer le Zimbabwe pour sa décision, Janice Love,
présidente de la Commission des Eglises pour les affaires internationales, a
déclaré que le COE avait "comme politique établie" de ne pas critiquer les
gouvernements des pays où se tenaient les réunions du COE.
S'exprimant lors d'un débat sur la dette internationale, organisé par la
Campagne Jubilé 2000, sur le campus de l'Université du Zimbabwe, Morgan
Tsvangirai a critiqué, sans mentionner de pays en particulier, "les élites dirigeantes
qui ont trouvé le moyen d'emprunter au nom de leur peuple, et puis de cacher les fonds
hors du pays". Au temps de la lutte contre le régime colonial, il y avait un "programme
unifié", mais depuis la libération "un certain groupe de gens ont assumé la
responsabilité pour nous, puis au lieu de répondre de leurs actes, ils nous ont
demandé de leur rendre des comptes".
Selon le décret présidentiel interdisant les grèves, les syndicats qui
recommandent, encouragent ou incitent les gens à s'engager dans un mouvement
illégal verront leur enregistrement suspendu; par ailleurs les employeurs qui encouragent
leur personnel à s'associer à une action illégale peuvent être
condamnés à une amende ou à une peine de prison pouvant aller
jusqu'à trois ans, ou aux deux.
Les syndicats se trouvent aujourd'hui "soumis à de très graves contraintes sur
le plan de la liberté d'action", déplore leur leader. L'interdiction présidentielle
"nous prive littéralement de la capacité de nous organiser. Les Eglises du monde
entier sont ici et nous ne pouvons agir autrement lorsque nos droits sont bafoués et que
nos libertés ne sont pas respectées."
"Je pense que les Eglises du monde entier doivent faire campagne en faveur des droits de
la personne, 50 ans après la Déclaration universelle des Nations Unies, et je pense
que ces conditions s'appliquent ici."
Le 10 décembre marquait le 50e anniversaire de l'adoption de la Déclaration
universelle des droits de l'homme. A cette occasion, l'Assemblée du COE a publié
une déclaration tenant compte de "l'indivisibilité des droits de la personne humaine,
notamment des droits économiques, sociaux et culturels, des droits civils et politiques et
des droits à la paix, au développement et à l'intégrité de la
création". (615 mots)
Les photographies
de l'Assemblée peuvent être obtenues auprès de Photo
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